Bien utiliser les friandises en éducation positive : Décryptage, atouts et choix judicieux

17/02/2026

À l’heure où l’éducation canine positive s’impose comme référence bienveillante, l’utilisation des friandises soulève de nombreuses questions. Plébiscitées pour motiver l’apprentissage, elles doivent toutefois être employées avec discernement. Entre risques de surpoids, dépendance ou perte d’intérêt, le choix, la quantité et la méthode d’introduction sont essentiels pour préserver le bien-être et l’efficacité éducative. Ce sujet aborde donc les points suivants :
  • Pourquoi et comment les friandises agissent comme leviers de motivation chez le chien
  • Les bénéfices, limites et précautions à respecter pour éviter les dérives (obésité, notion de “pot-de-miel”)
  • Comment choisir une friandise adaptée : composition, format, fréquence et individualisation
  • Des conseils concrets pour intégrer durablement la récompense alimentaire dans une éducation respectueuse du rythme et de la santé du chien

Pourquoi les friandises marchent si bien avec notre chien ?

Un chien apprend par association : il répète ce qui lui apporte du plaisir ou soulage une tension, et esquive naturellement ce qui lui procure de l’inconfort. Ce principe, documenté par les travaux d’Ivan Pavlov ou Burrhus Frederic Skinner (Association for Behavior Analysis International), fait de la récompense un levier central de la motivation en éducation positive. Parmi les récompenses, la nourriture – atavisme oblige – occupe une place de choix : c’est immédiat, c’est universel, et cela répond à un besoin fondamental.

  • Retours instantanés : Offrir une friandise à la seconde où le chien réalise le comportement attendu (assis, rappel, marche en laisse) solidifie l’association de façon très claire dans son esprit.
  • Facilité d’application : Un petit morceau de friandise, glissé au creux de la main, est plus simple à gérer qu’un ballon ou qu’une caresse si l’on veut récompenser très souvent, sur un même exercice.
  • Puissance d’attraction : Nombre de chiens, parfois peu sensibles aux jouets, sont motivés avant tout par la récompense alimentaire, notamment en environnement distrayant.

Une étude menée par l’APDT (Association of Professional Dog Trainers) révèle d’ailleurs que 94% des éducateurs canins privilégient la récompense alimentaire pour introduire et renforcer de nouveaux apprentissages — preuve de son efficacité sur le terrain.

Les grandes idées reçues sur les friandises dans l’éducation positive

Si utiliser des friandises ne signifie pas “céder”, “gâter” ou “acheter l’amour” de son chien, encore faut-il déjouer certaines idées reçues qui persistent.

  • “Il va devenir obèse si je lui donne des friandises !”
  • Le risque existe… si et seulement si on néglige la taille des morceaux ou qu’on oublie de déduire ces apports de la ration quotidienne. Mais bien dosées, les friandises représentent moins de 10% de la ration journalière totale (source : Royal Canin). C’est la fréquence, la qualité et la quantité qui comptent, bien plus que la friandise en elle-même.

  • “Il n’obéira plus sans friandise…”
  • Cette crainte provient souvent d’un mauvais phasage dans l’apprentissage. Une fois le comportement maîtrisé, il est essentiel de varier les récompenses (alimentation, jeu, caresse, félicitations…) et de rendre la distribution plus aléatoire. Une belle façon de conserver la motivation… sans tomber dans le chantage alimentaire !

  • “La friandise, c’est pour les débutants !”
  • Même des chiens avancés ou des chiens de travail (chiens guides, chiens de recherche) bénéficient de la récompense alimentaire, au côté d’autres renforçateurs. C’est un outil, pas un aveu d’incompétence.

Bénéfices concrets de l’utilisation des friandises

  • Apprentissages accélérés : Les études montrent que la récurrence et l’intensité du renforcement positif permettent d’apprendre de nouveaux comportements de 30 à 50% plus rapidement qu’avec d’autres méthodes (Journal of Veterinary Behavior, 2019).
  • Renforcement de la complicité : Associer l’humain à la notion de plaisir alimentaire transforme la relation, de la contrainte à la coopération. C’est particulièrement vrai pour les chiens timides ou anxieux.
  • Résolution de situations spécifiques : Les friandises peuvent détourner l’attention lors de manipulations vétérinaires légères, crées une expérience positive en ville ou auprès d’enfants, etc.
  • Facilitation du rappel : Un rappel fiable, même dans un environnement très stimulant, s’ancre généralement sur une récompense alimentaire forte et bien choisie, surtout au début.

Comment choisir la bonne friandise ? Les critères à ne pas négliger

Le rayon “friandises pour chiens” peut donner le tournis tant l’offre s’est développée. Entre biscuits, lamelles, cubes ou “superfood”, il n’est pas toujours simple de s’y retrouver. Pourtant, quelques critères permettent d’y voir clair :

1. Composition : la règle du moins, c’est mieux

Plus la composition est courte et transparente, mieux c’est. Favoriser :

  • Des ingrédients identifiables, naturels, et de préférence “homemade” ou assimilé : filet de poulet séché, petits morceaux de fromage, morceaux de poisson, etc.
  • Un taux de protéines supérieur à 20% pour soutenir la satiété et l’énergie chez la plupart des chiens actifs — information à vérifier sur l’emballage.
  • Éviter : sucres ajoutés, colorants, exhausteurs de goût artificiels, céréales en grande quantité (attention aux biscuits bon marché !) et ingrédients dont l’intitulé n’apporte aucune information claire (“sous-produits animaux”, “matières grasses animales transformées”…).

Attention également à certains aliments toxiques pour le chien (chocolat, raisin, oignon, ail…), parfois utilisés dans des friandises industrielles exotiques ou de basse qualité (Source : Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire).

2. Format et appétence : adapter à la taille et au “style” du chien

  • Pour un clicker-training ou des séances d’éducation rapides, privilégier des formats minuscules (taille d’un petit pois) pour répéter sans générer de satiété ni frustrer l’animal.
  • Pour un chien très excité, opter pour une friandise à mâcher longuement (bâtonnet de tendon, peau de poisson) pour canaliser son énergie.
  • En balade, prévoir des friandises “parfumées”, riches en saveurs (foie séché, fromage à pâte dure — jamais de camembert sur la banquette arrière, promis !) particulièrement utiles pour susciter l’attention lors de distractions fortes.

3. Fréquence et quantité : le bon dosage

  • Le total de friandises ne doit pas dépasser 10% des besoins caloriques quotidiens du chien (Source : WSAVA Global Nutrition Committee).
  • Pour un chien de 15 kg ayant un besoin approximatif de 900 kcal/jour, on ne doit pas excéder 90 kcal de friandises (soit par exemple 30 friandises de 3 kcal chacune). Ce calcul simple évite le surdosage.

4. Individualiser la récompense alimentaire

  • Certains chiens raffolent de la carotte crue ou de petits morceaux de pommes (hors pépins) ; d’autres ignorent royalement tout sauf de la viande séchée.
  • Soigner la rotation pour maintenir la nouveauté, et donc la motivation : alterner plusieurs types de friandises selon les séances.
  • Penser aux contraintes alimentaires (allergies, surpoids, diabète) : demander conseil au vétérinaire en cas de doute.

Quelques astuces concrètes pour une utilisation intelligente des friandises

  1. Pensez “progressivité” : Dès que le chien maîtrise un ordre, récompensez une fois sur deux, puis de manière totalement aléatoire. On parle “d’amortir la récompense” pour obtenir un comportement solide même sans friandise.
  2. Gardez des “jackpot” : En cas de rappel difficile ou de situation inhabituelle, gardez une super friandise (“jackpot”) – un petit morceau de fromage, un bout de jambon cuit – pour amplifier la valeur du bon comportement.
  3. Ne blâmez jamais l’échec : Si le chien refuse d’obéir ou n’est pas concentré, ne brandissez pas la friandise pour obtenir l’ordre à tout prix. Privilégiez la patience, l’environnement moins distrayant, et la remise en contexte.
  4. Les friandises ne remplacent ni le jeu ni la connivence : Caresse, voix joyeuse, ou interaction ludique sont tout aussi importantes – et souvent plus durables dans la relation.
  5. Anticipez les situations à risque : En balade, en ville ou chez le vétérinaire, préparez un petit sachet de vos “valeurs sûres” pour détourner le stress, récompenser le calme, et renforcer la confiance.

Synthèse : des friandises, oui, mais toujours au service d’une relation juste

Le plus important n’est pas d’avoir la poche pleine de friandises mais de savoir pourquoi, quand et comment les utiliser. Les friandises sont un outil précieux, ludique et motivant, à condition de les replacer dans une dynamique éducative globale : respect du rythme du chien, variété des renforçateurs et priorité donnée à la connexion émotionnelle. La clé est d’aider le chien à comprendre, agir et réussir par plaisir, et non sous la contrainte.

Finalement, une friandise bien choisie glissée au bon moment, c’est un peu comme un sourire entre humains : un signe d’encouragement, et la promesse de nombreux apprentissages partagés… Sans oublier bien sûr le bonheur de les voir nous regarder, l’œil pétillant, dans l’attente du prochain défi ou de la prochaine aventure à vivre ensemble.

Sources :

  • Association of Professional Dog Trainers (APDT), 2021 : “Why Use Food in Training?”
  • WSAVA Global Nutrition Committee
  • Journal of Veterinary Behavior, 2019
  • Royal Canin, “Comprendre la nutrition des chiens”
  • ANSES, “Aliments toxiques chez les animaux de compagnie”

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